“Les Inséparables” de Marie Nimier
Lecture dansée par Claudia Gradinger
Interview de Marie Nimier par Justine Barbe, La gazette de l'Escale du livre,
15 avril 2009
- Avant Claudia Gradinger, vous aviez déjà travaillé avec un chorégraphe (Dominique Boivin, de la Compagnie Beau Geste), pourquoi un tel intérêt pour la danse ?
Je ne travaille pas avec des chorégraphes simplement parce que je suis passionnée de danse.
En fait, j’ai été attirée par des personnes exigeantes, curieuses, et surtout très libres, sans idées préconçues de ce que devra être le résultat du travail.
- Comment vous est venue l’idée de travailler avec Claudia Gradinger ?
Claudia Gradinger m’a proposé de travailler avec elle à l’issue d’une expérience que nous avions fait autour d’un texte sur un… ficus ! Je venais de terminer l’écriture des Inséparables, je lui ai donné le manuscrit. Elle a tout de suite rebondi sur ce texte, et pensé qu’il y avait quelque chose à faire avec ces deux adolescentes à la fois très liées et différentes, un peu comme le sont dans le spectacle, finalement, l’écriture et la danse, ou l’écrivain et la danseuse, ou Claudia et Marie, ou encore l’écrivain et la chorégraphe.
- Comment avez-vous travaillé pour la création de cette lecture dansée ?
Il y a eu tout d’abord un travail de découpage du texte, puis directement dans l’espace je lisais, et Claudia improvisait. Il s'agissait, plus que d’illustrer, de sentir les différents états des personnages. Pour Claudia de trouver des différentes “natures” de danse. Ensuite nous nous sommes forgées un langage avec peu d’accessoires choisis, tous pouvant tenir dans un petit sac à dos. Une lampe de poche, des habits, une peau de bête qui n’est pas sans évoquer les doudounes années 70, des meringues, un fil, une aiguille, une craie, une couverture de survie…
- Pensez-vous que cette lecture dansée est réussie et que Claudia Gradinger correspond bien au personnage de Léa ?
Il y a d’étranges connections entre l’histoire personnelle de Claudia et celle des Inséparables. Rien de directement collé, aucun effet miroir, mais une communauté de cœur et d’expériences. De plus, dans son travail, Claudia est quelqu’un qui fonce, qui se met en risque, qui tente tout avec un charme inouï. Ensemble, nous avons travaillé à rendre ce texte vivant en choisissant les extraits où les corps des deux adolescentes étaient les plus proches – dans une cabine de photomaton, une tente de camping où elles prennent de l’acide pour la première fois, une chambre à coucher, un studio de passe.
Suisse panique, Suisse beauté
[Foire de beauté]
Guy Degeorges, in Un soir ou un autre (blog), 5 mai 2006
« Il se passe souvent quelque chose au Centre Culturel Suisse. Surtout quand Claudia Gradinger vient y danser. La représentation se fait attendre, on y est certes habitué, dans ce lieu d'arts où le lieu de spectacle est caché. Mais ce soir des anomalies s'insinuent aux frontières de notre champ visuel. Ubik ? Toutes les spectatrices ne sont pas telles qu'elles semblent être. Brusque confirmation de ce soupçon, mais d'autres réponses ne seront jamais données : ce qui est dans la tête reste caché.
Je dirais qu’un tableau est un cri d’amour !
[Aufgeräumtes Herz]
Florence de Maistre, in La revue du spectacle mars 2006
« Une toile signée Laurent Dubé est posée sur le sol, à même la scène. Elle est le point de départ de la création de Claudia. La danseuse s’approche, grande, fine et élancée. Sa tension tout en muscles est perceptible sous les frémissements et la légèreté de sa courte robe. Il est question d’art, d’artiste et d’atelier. De perception, de (re)présentation, de séduction aussi. De lecture d’image et de révélation de l’être. Le tout en trois actes et trente minutes intenses.
Un voyage vers l'intérieur, nourri des images du dehors
[Aufgeräumtes Herz]
In Oltener Tagblatt - 25 novembre 2005
« Dans Aufgeräumtes Herz Claudia Gradinger a proposé une métamorphose touchante des mondes intérieurs et extérieurs, de l'être et du renaître, dans une forme d'état toujours nouvelle. Comme si on se trouvait en permanence dans un voyage vers son intérieur, un intérieur qui serait continuellement nourri d'images du dehors. Elle possède de grandes qualités de danse. Le corps tendre et sec, unie en elle même, elle s'épanouit en dansant jusque dans chaque fibre musculaire et jusqu'au bout des doigts. Beaucoup d'esthétique émane de cette présentation. »
Dérision, mode d'emploi
[Cocus magnifiques]
Alexandre Wong, in Cassandre n°57, printemps 2004, pp.58-59
« Marco Berrettini, Claudia Gradinger : deux représentants d'une danse qui, parce qu'elle ne se prend pas au jeu de ce qui se fait et ne se fait pas, du formatage en vigueur, se donne des licences, des vraies. La transgression y est vraiment transgressive sans être nécessairement spectaculaire. Leur engagement fait la différence. Marco Berrettini, comme Claudia Gradinger, sont leurs œuvres parce qu'ils y mettent du leur : même lorsqu'ils ne sont pas sur scène, ils sont là, sujets de leur discours chorégraphique, objets de leur spectacle.
“J'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même.” Ce que Rousseau dit au Créateur, elle le dit aux spectateurs, ces révélateurs passifs de sa singularité comme le sont les murs de la scène/cage sur lesquels elle se lance pour s'éprouver (Cocus magnifiques, 2003). La voilà confrontée au regard social. D'une danse de près (en chambre), elle passe à une danse de loin (frontale) qu'elle adresse au spectateur, renouant avec Aufgeräumtes Herz (2000), une réflexion sur l'hyper-représentation de soi. Cette distorsion entre l'intime du ressenti et le déballage des symboles voyants (t-shirt tatoué, cornes de cocu sur la tête, défilé quasi militaire face à la salle) fait ressortir la supercherie de son retour à un état de nature. Sa bestialité est impossible ; elle le sait. D'où le dérisoire de ses tentatives nostalgiques d'ensauvagement. L'homme est handicapé de n'être qu'un animal imaginaire. Sa connaissance de soi s'arrête à son impuissance : impuissance à être bovin (Cowgirl), impuissance à être mâle (Cocus magnifiques), impuissance par l'usure du corps (troisième création de Bêtes de scène prévue en 2004-2005 avec des retraités). Nous n'avons que le corps que nous avons. »
Une danse qui ne manque ni de corps ni de sexe
[Cocus magnifiques]
Muriel Steinmetz, in l'Humanité - 13 janvier 2004
« On change un peu de registre avec Claudia Gradinger et ses Bêtes de scène - cocus magnifiques, deuxième volet d'un triptyque autour de l'animalité, dont Bêtes de scène - Cowgirl constitue la première partie. Les trois interprètes (Laurence Langlois, Claudia Gradinger et Jean-Luc Priano) investissent une scène aux allures d'arène, l'élément masculin du trio étant coiffé de cornes de taureau. Brusqueries et violence rythment ce chassé-croisé dynamique.
Festival “Les Jaloux” : un éclectisme tonique
[Cowgirl]
Bérengère Alfort, in Marie-Claire - Avril 2003
« Auparavant, le festival aura proposé des soirées fortes, dont l'une consacrée à trois solos féminins (notamment celui de Claudia Gradinger, Bêtes de scène - Cowgirl, à l'humour décapant) et l'autre à diverses expériences chorégraphiques. »
Trois essais au féminin
[Cowgirl]
Gérard Mayen, in Mouvement - Février 2003
« Enfin on classera volontiers parmi les “bizarres” madame Claudia Gradinger. Ce courant qui n'en est pas un, récemment promu dans d'autres colonnes que celles-ci, rassemblerait d'obstinés isolés, ahurissants inclassables, insolents impénitents, tout autant qu'indifférents aux préceptes devenus volontiers pesants des conceptuels en cour. C'est peu de dire que Claudia Gradinger n'a pas froid aux yeux - quoiqu'un peu perdue sur un plateau trop vaste pour sa performance qui a quelque chose du cabaret.
Alliances délicates
[Aufgeräumtes Herz]
In Neue Zürcher Zeitung - 19 avril 2002
« Dans Aufgeräumtes Herz, le discours très caustique de Claudia Gradinger sur la peinture abstraite s'adoucit lorsqu'ensuite elle abandonne les mots pour s'exprimer par les gestes et le mouvement sur la société de loisirs. Son corps offre un mode d'expression infiniment plus subtil et nuancé que l'expression verbale. La combinaison des deux langages n'apporte rien de plus à la qualité de la pièce mais marque intelligemment la césure entre le texte et la danse. »
Pour comprendre la danse, il faut aussi du cœur
[Aufgeräumtes Herz]
In Landbote Winterthur - 29 octobre 2001
« Ce soir-là, Tanzinwinterthur eût le plaisir d'accueillir une invitée que l'on voit rarement sur la scène suisse. Claudia Gradinger qui a créé sa compagnie et travaille à Paris montra un extrait de son solo, Aufgeräumtes Herz, qui s'inspire des toiles du peintre Laurent Dubé. Claudia Gradinger fit preuve de courage en dansant topless. Elle chercha ainsi à montrer qu'il est possible de reléguer l'esprit au second plan et d'utiliser le corps comme catalyseur des sentiments. »

